À la une — Le fait marquant du mois

Les replays des Quartiers du Numérique 2025

Lors d’une table ronde aux Quartiers du Numérique 2025, Pierre-Alain Muller (Président Université de Mulhouse) plaide pour une approche pragmatique de la souveraineté numérique : viser 90 à 95 % d’indépendance plutôt que renoncer face à l’impossibilité du 100 % souverain. Il souligne que les infrastructures matérielles (GPU, processeurs) restent largement étrangères, limitant toute autonomie totale. L’enjeu est donc de préserver le contrôle sur les données, même si les outils utilisés ne sont pas souverains. 

Lucie Jacquet-Malo (Amue) évoque le développement d’une IA générative souveraine hébergée et pilotée localement avec déjà 81 cas d’usage identifiés dans l’ESR (par exemple l’analyse automatisée de CV). Elle rappelle la difficulté d’adapter des outils frugaux mais alignés sur les valeurs et les contraintes réglementaires des établissements.

Muller insiste sur la tolérance raisonnée : accepter certains outils non souverains tant qu’ils ne compromettent pas la maîtrise des données. Mais la fragilité vient souvent des usages : des raccourcis quotidiens (partage de fichiers sensibles, stockage externe non maîtrisé) compromettent la souveraineté.

Le ministère (X. Mailhos) affirme vouloir accompagner les établissements autonomes vers des choix technologiques souverains. Il cite les data centers ESR et la solution PC-Scol comme exemples d’infrastructures maîtrisées.

Nicolas Martignoni (communauté Moodle) alerte sur la domination cognitive des grands acteurs (Google, Microsoft) qui installent des réflexes d’usage dépendants. Il appelle à une prise de conscience individuelle et collective, notamment sur les modèles économiques cachés derrière les outils.

Lucie Jacquet-Malo conclut sur la nécessité de revoir les usages : transposer des pratiques états-uniennes est illusoire. Accepter des interfaces moins séduisantes mais maîtrisées est un choix stratégique. La souveraineté numérique ne repose pas uniquement sur les technologies mais sur les comportements, les arbitrages et la responsabilité des acteurs.

Source : News Tank, « Outils numériques : abandonner le “100 % souverain” ; “décider ce que nous tolérons” (P.-A. Muller) », actualité n°416007, 20/10/2025.

Retour en haut