Au Cnam des Pays de la Loire, Inès BOUSSORRA, responsable de formation, a choisi d’intégrer l’escape game pédagogique « Le sommet de la discorde » dans un cours de master Comptabilité, contrôle et audit. Son retour d’expérience montre l’intérêt de ce format pour travailler la gestion des conflits et les soft skills, à condition de l’inscrire dans une séance pédagogique complète, articulant mise en situation, débrief et apports théoriques.
Comment former à la gestion des conflits autrement que par un cours magistral ? Pour Inès BOUSSORRA, l’escape game offre une réponse particulièrement adaptée. Avec ses apprenants de master Comptabilité, contrôle et audit, elle a expérimenté « Le sommet de la discorde », un dispositif conçu pour faire vivre, en accéléré, des dynamiques de tension, de coopération et de leadership.

Le scénario transporte les participants en Haute-Savoie, près du Mont Buet. Quatre randonneurs, de niveaux hétérogènes, se sont inscrits à une expédition de deux jours avec l’agence Pic et Piolet. Mais rien ne se passe comme prévu : Bruno, le guide expérimenté, est absent, et c’est son neveu Léo, encore peu aguerri à la gestion de groupe, qui doit encadrer l’équipe. Dès la première étape, un randonneur se blesse. La tension monte. Il faut pourtant garder le collectif uni, trouver un refuge et organiser le rapatriement du blessé.
Derrière la fiction, les situations font écho à des réalités bien connues en entreprise : défaut d’anticipation, pression, perte de repères, divergence de points de vue, fragilité du leadership, nécessité de coopérer malgré les tensions. C’est précisément ce qui a intéressé Inès BOUSSORRA. « À mes yeux, cet escape game constitue un support particulièrement pertinent pour faire travailler des compétences trop souvent considérées comme secondaires, alors qu’elles sont décisives dans la vie professionnelle. Les apprenants suivent notre formation dans une modalité d’alternance. C’est-à-dire qu’ils sont, eux aussi, des salariés en entreprise qui évoluent dans des collectifs de travail, font face à des désaccords, sont peut-être amenés à réguler des tensions et à composer avec des personnalités différentes ». Les compétences relationnelles ne relèvent pas d’un supplément d’âme : elles sont au cœur de l’activité professionnelle. Savoir écouter, coopérer, prendre sa place dans un groupe, ajuster sa communication ou désamorcer un conflit font partie des apprentissages essentiels.
L’intérêt du dispositif tient aussi à son format. Ludique, très impliquant, l’escape game suscite une forte adhésion. « Les étudiants s’y investissent pleinement, parce qu’ils sont mis en action et amenés à réagir dans une situation concrète. Et ils apprécient la dimension de compétition également ! précise Ines ». Cette implication favorise l’engagement, mais aussi la mémorisation. « Les élèves, souligne Inès BOUSSORRA, sont très demandeurs de ce type de pédagogie, qui rompt avec les modalités plus classiques et leur permet d’apprendre en vivant une expérience ».

Mais son retour d’expérience le montre clairement : l’escape game ne constitue pas, à lui seul, la séquence de formation. Il en est le point d’appui. Une fois le jeu terminé, le débrief devient essentiel. C’est là que l’expérience se transforme en objet d’analyse : « j’ai invité les apprenants à reformuler ce qu’ils avaient vécu pendant le jeu, puis à faire des liens avec leurs propres situations en entreprise. Certains ont évoqué des conflits existant dans leur équipe, des difficultés de communication, des postures de retrait ou au contraire des tensions liées à la répartition du travail. Le groupe a alors cherché des pistes pour comprendre ces situations et y faire face, en s’appuyant sur ce que le jeu avait rendu visible », raconte Ines.
Cette seconde étape permet d’introduire ou de réactiver plusieurs notions clés en sciences humaines et en management : le leadership, la motivation, les modes d’organisation du travail, la dynamique de groupe. Des références comme Maslow, Lewin ou Mintzberg trouvent ici un terrain d’application particulièrement parlant. Le jeu donne de la matière ; l’analyse permet de mettre des mots, des concepts et des repères sur ce qui s’est joué.
Dans un troisième temps, Inès BOUSSORRA a enrichi la réflexion par des apports sur la méthode DISC et sur l’intelligence émotionnelle. « La méthode DISC propose une grille de lecture des comportements à partir de quatre grands profils, souvent associés à des couleurs. Sans enfermer les individus dans des cases, elle aide à repérer des tendances : certains profils sont davantage tournés vers la décision et l’action, d’autres vers l’influence et les interactions, d’autres encore vers la stabilité, l’écoute ou la conformité aux règles et aux cadres » explique Ines. Utilisée avec discernement, cette approche permet de mieux comprendre la diversité des fonctionnements au sein d’une équipe, d’ajuster sa communication et de prévenir certains malentendus. Elle constitue ainsi un appui utile pour penser une performance collective durable, fondée non sur l’uniformité, mais sur la complémentarité des personnalités.
L’intelligence émotionnelle prolonge ce travail. Elle renvoie à la capacité d’identifier ses émotions, de comprendre celles des autres, de réguler ses réactions et de maintenir une relation de travail constructive, même en contexte de tension. « Dans une situation de conflit, ces compétences sont décisives : savoir écouter, reformuler, prendre du recul, reconnaître un désaccord sans l’envenimer, repérer ce qui se joue pour soi et pour autrui. Là encore, l’escape game offre une entrée concrète, que les apports complémentaires permettent ensuite de structurer » souligne Ines.
Pour terminer, Inès BOUSSORRA ouvre la discussion à des réflexions plus philosophiques sur la manière d’être avec les autres. Car former à la gestion des conflits ne consiste pas seulement à transmettre des outils. C’est aussi inviter chacun à interroger sa posture, sa manière d’entrer en relation, d’exercer une responsabilité, de faire place à la différence. En ce sens, « Le sommet de la discorde est bien plus qu’un moment ludique : c’est un déclencheur, qui permet d’engager un travail de fond sur les compétences relationnelles ».
L’escape game peut être un formidable levier pédagogique. Mais son efficacité repose sur la manière dont il est intégré dans un parcours de formation. Ce n’est pas le jeu seul qui produit les apprentissages ; c’est l’ensemble constitué par la mise en situation, le débrief, la mise en lien avec l’expérience professionnelle et les apports théoriques complémentaires. C’est à cette condition que le ludique devient véritablement formateur.
