Modalités de l’alternance intégrative, épisode 2 : les Rex

Posté par: Living Lab Sofa

Avec la crise sanitaire, il a fallu imaginer de nouveaux dispositifs pour accompagner les formations en alternance. Comment organiser la relation entre alternant, tuteur de l’entreprise et tuteur du Cnam ? Le living lab Sofa a demandé à trois facilitatrices de partager leur expérience de l’alternance intégrative. Béatrice Deparis* et Bénédicte Brossollet ** nous parlent du tutorat (Episode 1) et des Retours d’expériences (Rex) (Episode 2). Nadia Aubry-Guellec*** a quant à elle expérimenté l’utilisation d’un outil de suivi d’acquisition de compétences en alternance, campus skills (Episode 3). Regards croisés. 

Episode 2 : le Rex à distance
Le principe des Rex (Retours d’expériences) est de partager ce que l’on apprend en situation de travail, de le reformuler aux autres apprenants pour se l’approprier. Comme l’explique Bénédicte, « Entre pairs, les élèves sont en mesure de s’apporter d’autres apprentissages que ceux qu’ils font en cours ou en entreprise ». A chaque retour d’entreprise donc, souvent le lundi matin, l’emploi du temps intègre un temps de Rex, animé par une facilitatrice. Comment cela se déroule-t-il ?

Créer une dynamique de groupe
Il peut être utile de commencer par un brise-glace pour créer une dynamique collective. Par exemple, pour Béatrice : « Ça commence souvent par un mur d’humeur ou une palette de couleur, pour demander aux stagiaires comment ils se sentent. Cela permet de renforcer la cohésion du groupe ». Ce temps est d’autant plus nécessaire lorsqu’on est à distance. Bénédicte, de son côté, demande aux apprenants de se présenter : « ils regrettent souvent de ne pas se connaître, alors je leur demande de mettre leur caméra et de se présenter pendant une minute pour qu’ils puissent se connaître ET se « reconnaître ».

Faire le point sur l’avancée de la mission
Passé le brise-glace, le groupe part pour une 1h30 de retour d’expérience, accompagné par une facilitatrice. Il s’agit de faire le point sur l’avancée des missions : Où en êtes-vous ? Qu’avez-vous pu faire ? Ne pas faire ? Pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui vous a plu dans ce que vous avez fait ? Quel est votre degré d’autonomie ?


Exemple d’objectifs pédagogiques utilisés en Rex.

C’est l’occasion d’analyser où ils en sont en terme d’acquisition de compétences, mais aussi psychologiquement, comme l’explique Béatrice : « Le ressenti est important aussi, il faut capter leur lassitude, leur fatigue, leur risque de décrochage. Avec la crise sanitaire, dans certaines entreprises, il y a davantage de travail et dans d’autres les missions se sont arrêtées. Il faut identifier ces situations-là, rassurer l’élève. Il faut être vigilent car certains font beaucoup d’expériences et d’autres non, donc s’inquiètent de leur capacité à acquérir les compétences attendues ». Pendant ce temps de Rex, les élèves vont se positionner par rapport aux autres, il faut donc veiller à réguler les échanges.

Réguler et poser des conditions d’échange
La régulation de groupe suppose un certain nombre de conditions : la bienveillance en fait partie bien sûr : « je leur dis souvent : c’est votre espace de liberté, où vous pouvez-vous exprimer. N’hésitez pas à vous en saisir. Et pour ça la bienveillance est importante, de même que la cohésion du groupe. Je veille à ce que tout le monde puisse s’exprimer et je vais chercher ceux qui ne s’expriment pas spontanément » raconte Béatrice. « Parfois il y a des moments de silence, poursuit-elle, et il faut les respecter aussi ! Car il arrive que la parole se déclenche au dernier moment ». Bref Carl Rogers n’est pas très loin ! « L’avantage, nous dit Bénédicte, c’est qu’on ne note pas les élèves dans ce temps de formation. Cela permet une plus grande authenticité et liberté de parole. Cela facilite leur confiance».

Un temps d’approfondissement thématique
A la suite du Rex, Il peut y avoir un temps d’approfondissement thématique. Des classes virtuelles par sous-groupe sont créées sur BigBlueButton, où ils peuvent partager des expériences professionnelles. « Cela leur permet aussi d’évoquer des questions un peu plus personnelles, nous confie Béatrice. Pendant 1h30, ils ont un atelier et ils doivent déposer leur « preuve de travail » sur Campus skills. C’est un temps de réflexion collective, sans jugement bien sûr ! ».

Du point de vue des deux facilitatrices, ce temps de retour d’expérience après parfois plusieurs semaines en entreprise est un moment très précieux pour faire le lien avec ce qu’ils apprennent en cours. C’est une autre manière de fixer les compétences acquises en situation de travail.

* Béatrice Deparis accompagne des licences Ressources Humaines au Cnam

** Bénédicte Brossollet accompagne des Masters en organisation et des licences gestion des organisations

*** Nadia Aubry-Guellec est chargée de projet alternance.

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