Le Living Lab du Cnam a recueilli le retour d’expérience de Stéphanie DUPRE, intervenante au Cnam Île-de-France dans le cadre de la microcertification sur « Concevez et animez des formations inclusives » et au Cnam Paris dans le cadre de l’UE FAD131 « outils, usages et pratiques du numérique en pédagogie. Dans le cadre de cette micro-certification dispensée à distance elle a intégré des personae. Il s’agit de profils fictifs pour aider les apprenants à se projeter dans des situations pédagogiques concrètes.
Le contexte de la formation a compté dans ce choix : la formation se déroule entièrement à distance, sur un sujet — la Conception universelle des apprentissages — qui n’est pas toujours simple à appréhender d’emblée pour les participants. Dans ce dispositif 100 % distanciel, l’enjeu était donc de donner corps à des situations d’apprentissage et de rendre plus concrète l’entrée dans la formation. Comme le résume Stéphanie DUPRE, il s’agissait de permettre aux apprenants d’être « dans une immersion ».
L’objectif de ces personae était très précis : recréer, à distance, l’équivalent d’un tour de table de début de formation. Dans une salle, ce moment permet habituellement de faire émerger les attentes, les besoins, les appréhensions et les objectifs des apprenants. En distanciel, cette étape est plus difficile à mettre en scène. Les personae ont donc été pensés comme des apprenants fictifs capables d’exprimer, de façon simple et brève, leurs attentes vis-à-vis d’une formation. « La première chose qu’on fait, c’est un tour de table », rappelle Stéphanie DUPRE ; les personae permettent justement d’en retrouver la fonction dans un autre format.
Pour les concevoir, Stéphanie DUPRE et l’ingénieur pédagogique qui l’accompagnait ont choisi de s’appuyer sur l’intelligence artificielle pour générer les vidéos des personae. Mais ce recours à l’IA n’a rien eu d’automatique. Plusieurs outils ont été testés, avec une attention particulière portée au texte, au vocabulaire, mais aussi à la voix. L’objectif n’était pas de produire un rendu lisse ou artificiel, mais au contraire une parole crédible, avec un rythme, des intonations, des liaisons, voire de petites imperfections qui rendent l’ensemble plus humain. « Il faut être attentif (…) aux questions de voix, aux questions du rythme », souligne-t-elle. Les vidéos produites sont volontairement très courtes, autour d’une minute, afin d’aller à l’essentiel.
Parmi les personae créés, Stéphanie DUPRE cite Angélique. Ce personnage est présenté comme une assistante sociale en reconversion, qui souhaite devenir formatrice auprès de publics en difficulté avec la lecture, l’écriture ou le français langue étrangère. Dans son témoignage, Angélique explique rechercher des relations « plus humaines » et dit aussi sa fragilité face au numérique : « dès que ça devient trop numérique, je suis vite perdue ». Elle attend ainsi une formation capable de l’aider à construire un CV « simple, clair, sans jargon », avec des outils accessibles et peu techniques. En quelques phrases, ce persona donne immédiatement à voir des besoins, des attentes et des points de vigilance pour le formateur.
C’est là l’un des principaux avantages de ce recours aux personae. Ils permettent d’introduire de la diversité dans les profils présentés, de choisir les situations que l’on souhaite mettre en lumière et d’orienter les apprenants vers des questionnements pédagogiques parfois moins visibles. Derrière une demande apparemment simple peut se cacher une difficulté plus profonde. Avec Angélique, par exemple, la difficulté avec les outils numériques appelle une vigilance sur l’accessibilité de la formation. Pour Stéphanie DUPRE, les personae permettent ainsi de « creuser des sujets » et d’aller au-delà de l’évidence. Ils favorisent l’immersion, mais aussi une lecture plus fine des besoins des apprenants.
Cet usage suppose toutefois quelques précautions. Stéphanie DUPRE insiste sur un point essentiel : un persona n’est pas la réalité. Il s’agit d’un « idéal type », utile pour ouvrir la réflexion, mais qui ne doit pas être pris comme une représentation stricte ou exhaustive des publics. Le risque serait de figer les personnes dans des catégories ou de transformer un outil de questionnement en vérité générale. Les personae gagnent donc à être utilisés avec mesure, comme des supports pour penser la formation, et non comme des portraits définitifs des apprenants.
Les premiers retours des participants sont, selon elle, très positifs. Les personae sont jugés parlants, proches de situations « de la vraie vie » et utiles pour varier les modes d’entrée dans la formation. Stéphanie DUPRE souligne aussi un autre bénéfice important : ils permettent de « sortir un peu de l’écrit ». Dans un contexte de formation inclusive, cette diversification des supports compte beaucoup. Les vidéos de personae étaient d’ailleurs accompagnées de sous-titres activables indépendamment, ce qui renforce leur accessibilité et leur cohérence avec les principes mêmes de la formation proposée.
Au fond, bien conçus, les personae aident les formateurs à anticiper la diversité des situations, à varier les modalités pédagogiques et à penser l’accessibilité dès la conception. En cela, ils constituent un levier particulièrement pertinent pour mettre en œuvre la Conception universelle des apprentissages : non pas en cherchant un apprenant “moyen”, mais en prenant en compte, dès le départ, la pluralité des profils, des attentes et des manières d’entrer dans l’activité.
