Quand les élèves deviennent vulgarisateurs

Le Living Lab du Cnam est parti à la rencontre d’Elsa BOULET suite à une exposition de posters marquante dans les couloirs de l’établissement. Chercheuse en sociologie et intervenante au Cnam Pays de la Loire, elle a transformé un cours classique sur le genre en un projet de médiation scientifique public. Retour sur cette initiative qui valorise les travaux des apprenants du Master RH au-delà de la salle de classe.
Elsa BOULET est chercheuse en sociologie à l’Université de Rouen Normandie, associée au Laboratoire de sociologie de Nantes (CENS), et ses travaux portent sur les inégalités femmes-hommes. Enseignante au Cnam depuis plusieurs années, elle intervient notamment au sein du Master RH pour le cours « Genre et travail ». C’est dans ce cadre qu’elle a accompagné ses étudiants dans la conception d’une exposition sur l’égalité professionnelle, affichée au Cnam durant le mois de mars pour faire écho à la Journée internationale des droits des femmes.

Living Lab : Elsa, comment est née l’idée de cette exposition de posters ?
Elsa BOULET : C’est une idée qui est intervenue après le début du cours, ce n’était pas prévu au démarrage. J’avais envie de faire travailler les élèves sur un projet personnel dont ils s’emparent réellement. L’objectif était de valoriser leur travail au-delà d’un simple devoir universitaire. En proposant de réaliser un poster destiné à être exposé dans les locaux du Cnam à destination des élèves et du personnel, le travail devenait public et prenait une autre dimension.
Living Lab : Quels étaient les objectifs pédagogiques derrière ce format de « poster » ?
Elsa BOULET : L’idée était de les faire travailler sur les inégalités femmes-hommes dans le milieu professionnel en les laissant choisir et délimiter leur propre sujet. Mais le vrai défi était la posture : ils devaient « se mettre dans la peau de vulgarisateurs et vulgarisatrices ». Il ne s’agissait pas de produire un document pour moi, leur enseignante, mais de sélectionner ce qui leur paraissait le plus intéressant pour transmettre leurs acquis à un large public.
Living Lab : Comment avez-vous organisé les étapes de travail avec les élèves ?
Elsa BOULET : Ils ont formé des groupes librement. Durant tout le semestre, chaque séance de cours incluait un temps dédié à la préparation des posters. Nous avons commencé par du brainstorming pour délimiter les sujets, puis est venu le temps de la préparation du contenu, des relectures et des corrections. Je les ai vraiment accompagnés pas à pas, du début à la fin, sur le fond comme sur la présentation visuelle.
Living Lab : Quel a été votre rôle spécifique en tant que formatrice ?
Elsa BOULET : J’ai fourni un cahier des charges avec une exigence de rigueur scientifique. Je vérifiais la qualité des sources, en les incitant par exemple à préférer les statistiques publiques aux sondages de magazines professionnels. Je les ai aussi poussés à illustrer leurs propos par des exemples concrets : certains ont utilisé leur expérience en alternance, d’autres ont même intégré des interviews accessibles via des QR codes sur leurs posters.
Living Lab : Quel intérêt voyez-vous dans ce type d’activité pour l’apprentissage ?
Elsa BOULET : L’intérêt majeur est que les étudiants se sentent réellement partie prenante. En leur laissant le choix de la thématique et du traitement, on obtient des résultats très variés : cela allait d’un poster historique sur une grève d’ouvrières à une analyse technique du calcul de l’index de l’égalité professionnelle. Ils ont traité ce qu’ils avaient « à cœur de partager ».
Living Lab : Quel bilan tirez-vous de cette expérience pour les élèves ?
Elsa BOULET : Le fait de savoir qu’ils allaient être affichés publiquement a créé une réelle motivation et, il faut le dire, « un peu la pression pour bien faire ». Au final, il y a une grande fierté d’avoir produit quelque chose de concret. Des étudiants me l’ont dit directement dans les couloirs : « On est fier d’avoir pu présenter notre travail au-delà de notre promotion ». C’est une belle réussite qui leur revient, car ce sont elles et eux qui ont produit ces super posters.

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