Lors de la deuxième édition des Quartiers du numérique (15 octobre 2025), organisée par France université numérique (FUN) et Université Numérique, le thème « Souveraineté et pédagogie numérique » a été largement débattu. Pour Jérôme Legrix‑Pagès (président de FUN), il ne faut pas « attendre que tout descende de l’État », les établissements d’enseignement supérieur disposent déjà des moyens d’agir.
Les intervenants ont relevé que la souveraineté numérique totale est impossible à atteindre à ce jour, compte tenu des dépendances matérielles ou logicielles. Pourtant, comme le souligne Pierre‑Alain Muller (Université de Mulhouse), cela ne doit pas être motif d’abandon. Il s’agit plutôt de réfléchir collectivement à « ce que nous tolérons ».
Un point central : la conscientisation de l’usage d’outils non souverains. Selon Nicolas Martignoni (communauté francophone Moodle), les utilisateurs et décideurs doivent prendre conscience de l’emprise des grands acteurs (GAFA) et de la dépendance qu’ils installent.
Sur le plan de la stratégie, Xavier Mailhos (DGESIP) rappelle que le ministère vise à ce que les établissements de l’enseignement supérieur pilotent leurs stratégies numériques, mais que cette indépendance est compromise si l’on dépend d’outils étrangers : on doit envisager la « réversibilité » en cas de changement de stratégie ou tarification d’un fournisseur.
La mutualisation des contenus de formation a aussi été mise en avant comme levier : des micro-certifications inter-établissements (projet Digital FCU) montrent qu’un modèle économique viable peut venir du partage de ressources pédagogiques. Toutefois, plusieurs obstacles subsistent : la confiance entre établissements, la gouvernance des ressources mutualisées, les questions de licences et droits d’auteur, la maintenance des contenus, l’insuffisante implication institutionnelle.
Pour aller plus loin, les participants appellent à une initiative nationale sur les ressources pédagogiques libres (REL) et à une stratégie commune de qualité de formation, pour structurer la mutualisation et valoriser les efforts collectifs.
Source : AEF, « Souveraineté numérique : « N’attendons pas que tout descende de l’État » (J. Legrix-Pagès, FUN, Quartiers du numérique) », dépêche n°739253, 23/10/2025