Sobria : un jeu de plateau sur l’empreinte carbone des intelligences artificielles génératives (IAG)
On croit souvent que le numérique est “immatériel”. Pourtant, derrière chaque recherche, chaque image générée et chaque vidéo partagée, il y a des serveurs, des réseaux, de l’électricité… et donc une empreinte environnementale bien réelle. Pour rendre cette réalité tangible, le Living Lab du Cnam a conçu un jeu pour faire de la sensibilisation sur « la sobriété et l’IAG ». Son nom : Sobr’IA.
Conçu comme un jeu de l’oie revisité, Sobr’IA vise à faire comprendre—sans moraliser—les impacts environnementaux liés à l’usage de l’intelligence artificielle générative (IAG).
Le jeu a été expérimenté pour la première fois lors d’un séminaire du Living Lab du Cnam, auprès des référents du réseau : une expérience qui a permis de tester son intérêt son pédagogique… et d’identifier quelques ajustements. Les participants ont apprécié d’y jouer — et le côté ludique a facilité les échanges. Le jeu sera bientôt mis à disposition de tous les enseignants du réseau Cnam après l’intégration des ajustements qui ont été suggérés après le test.
Un jeu simple, un objectif clair
Sobr’IA a une promesse claire : mettre en débat la sobriété des IAG à partir d’un format familier. Il s’adresse à des publics en formation ou en sensibilisation, et peut s’utiliser aussi bien au début (pour faire émerger les représentations et idées reçues) qu’à la fin (pour consolider des notions et ancrer des réflexes).
L’enjeu est double :
- Donner des repères sur l’IAG (usages, chiffres sur l’impact carbone, réflexes de sobriété, alternatives).
- Faire vivre la discussion : on joue, on réagit, on compare ses pratiques, on questionne ses habitudes.
Bref, le plateau devient un prétexte assumé pour parler de ce qu’on fait “vraiment” avec l’IA au quotidien—et de ce qu’on pourrait faire autrement.
Comment ça marche : 40 cases, des pions, un dé, des cartes… et des décisions
Le dispositif est volontairement simple. Le plateau reprend les codes du jeu de l’oie : 40 cases à parcourir, un dé pour avancer son pion, et une logique d’accélérations ou de retours en arrière sur certaines cases. Objectif : être le premier à atteindre la dernière case “win”.

La particularité de Sobr’IA, ce sont les cartes « déplacements » et les les cartes « défis » qui rythment la progression. En fonction de la case atteinte, le joueur tombe sur une carte qui peut :
- apporter une information sur l’IAG (un fait, un repère, un rappel utile),
- déclencher un quizz animé par l’enseignant / l’animateur,
- ou encore proposer un défi collectif qui pousse à la discussion et à confronter les représentations.
Ces éléments conduisent à des actions de jeu : avancer, reculer, rester sur place, faire avancer tout le monde, etc. C’est là que la mécanique devient pédagogique : la conséquence ludique matérialise l’effet d’un comportement.
Quelques exemples de cartes donnent le ton :
“j’ai bien rigolé en créant une vidéo de chat qui parle, même si je sais que ce n’est pas bon pour mon emprunte carbone. Je recule de trois cases”.
À l’inverse, la sobriété est récompensée :
“j’ai utilisé un moteur de recherche classique plutôt qu’une IA pour trouver l’adresse d’un bon restaurant, j’avance de deux cases”
Le jeu intègre aussi des petits défis qui font participer le groupe et relancent l’attention. Par exemple :
“notez 4 mots commençant par la lettre C et qui ont rapport avec l’intelligence artificielle générative. Si le défi est réussi, tous les joueurs avancent de 4 cases”.
Au fil des tours, les joueurs ne se contentent plus d’avancer : ils commentent, justifient, débattent. Et c’est souvent là que l’apprentissage se fait : quand quelqu’un dit “oui mais moi, j’utilise l’IAG pour tout, c’est plus rapide”, et qu’un autre répond “d’accord, mais on peut choisir quand ça vaut vraiment le coup d’utiliser une IAG ou de préférer un simple moteur de recherche qui est plus sobre”.
Pourquoi détourner un jeu de l’oie fonctionne si bien
Le choix du jeu de l’oie n’est pas anodin : tout le monde en comprend les règles en quelques minutes. Pas besoin d’être expert, ni même “à l’aise avec les IAG” pour participer. On tire les cartes, on avance, on réagit. Résultat : l’attention est là, y compris chez des publics qui pourraient décrocher face à un discours trop technique et moralisateur.
Surtout, le jeu crée un espace où l’on peut parler sobriété sans injonction. Les cartes provoquent des réactions, parfois des rires, parfois des désaccords, et ouvrent la porte à une discussion utile : qu’est-ce qu’un “bon usage” de l’IAG ? À quel moment l’IAG apporte une vraie valeur ? A quel moment ne pas l’utiliser car une alternative suffit ?
Point de vigilance : éviter la culpabilisation… et les fausses certitudes
Comme tout outil de sensibilisation, Sobr’IA a un risque : que certains joueurs repartent soit avec une impression de culpabilité (“je fais tout mal”), soit avec des conclusions trop rapides (“l’IAG est toujours à éviter” / “il suffit d’arrêter de l’utiliser”). L’usage des IAG n’est pas un concours de pureté est une démarche de choix individuelle, de priorisation, et de compréhension des effets.
Le point de vigilance, donc, c’est l’animation : il faut garder une posture qui met en nuance, rappelle que les impacts varient selon les usages, et encourage une question simple : “est-ce que l’IAG est le bon outil pour mon besoin ?”
Un dernier conseil pour bien l’utiliser
Le meilleur moyen de tirer parti de Sobr’IA, c’est de le jouer comme un jeu… puis de l’atterrir en discussion. Concrètement : à la fin, demander au groupe de choisir un seul geste réaliste à tester dès la semaine suivante (ex. réserver l’IAG aux tâches à forte valeur ajoutée, privilégier un moteur classique pour les requêtes simples, limiter les usages “pour s’amuser” quand l’impact est disproportionné). Un petit engagement, partagé à voix haute, vaut souvent plus qu’une longue liste de “bonnes pratiques”.
